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PasseportGate : « Les citoyens lésés » écrivent à Joseph Kabila

Réunis au sein du Collectif des citoyens lésés, les jeunes qui avaient manifesté le 20 septembre à Kinshasa au sujet du PasseportGate, ont écrit à Kabila.

Monsieur le Président,

Le 15 septembre 2017, le vice-ministre des Affaires étrangères, Monsieur Aggée Aje MATEMBO TOTO, a pris la décision, au travers du communiqué N0  130/0001/2017 d’invalider tous les passeports dits semi-biométriques au 16 octobre 2017.

Au regard de la surprise et de l’incompréhension de cette décision, il n’est donc pas surprenant que cette décision ait provoqué un tollé au sein de la population. Tollé auquel n’est pas resté insensible le gouvernement car, quelques heures plus tard, il publiait un communiqué expliquant les raisons de ladite mesure.

Nous vous épargnerons ici l’économie dudit communiqué, dont la teneur vous a certainement été communiquée. Au regard du contenu du communiqué, il était de notre devoir citoyen de vérifier la véracité des faits évoqués par le gouvernement.

À l’issue de nos recherches, grand fut notre désarroi de constater que le gouvernement congolais, supposé veiller à la protection et à la jouissance paisible des droits de chaque citoyen congolais, avait simplement failli cette mission et a abusé de la confiance de ses citoyens.

En effet, entre autres raisons pour justifier la mesure, le gouvernement avait évoqué l’obligation de se conformer aux normes de l’OACI, la nécessité de se soumettre à des mesures de restriction qu’imposeraient des pays étrangers aux passeports dits « semi biométriques » et ainsi que des mesures sécuritaires.

Comme nous l’avions repris et démontré dans le mémorandum adressé au Vice-Premier ministre des Affaires Etrangères, l’OACI n’a jamais imposé un délai pour la mise en circulation du passeport biométrique dans les pays membres de l’organisation. Du reste, le Vice-Premier ministre a été incapable de fournir une date précise quant à la mise en application de cette mesure de l’OACI.

Il s’est aussi clairement dégagé qu’il n’y avait aucun pays au monde qui avait interdit ou avait le désir d’interdire l’accès sur son territoire aux détenteurs des passeports dits semi-biométriques. Par ailleurs, le communiqué de l’Union Européenne du 29 septembre 2017 (ID 170929_20) corrobore notre propos par l’embarras dans lequel cette mesure d’invalidation des passeports semi-biométriques a mis plusieurs chancelleries et représentations diplomatiques en RDC.

Lors de son interpellation à l’Assemblée nationale, le Vice-Premier ministre s’est évertué à mettre en avant les raisons sécuritaires, s’éloignant des deux précédents communiqués du gouvernement, comme motivation première de cette mesure.

Mais, comme l’avait eu à le démontrer le député Juvenal MUNUBO, la raison sécuritaire peut bien être traitée au cas par cas sans avoir à faire table rase de façon brutale, inutile, inopportune la vie des millions de citoyens congolais. Interpol RDC possédant une base de données de passeports volés, ce travail peut être réalisé facilement.

Monsieur le Président,

La République Démocratique du Congo est un État de Droit. Un État de droit dans lequel la jouissance paisible des droits de chaque citoyen est garantie. Un Etat de droit dans lequel, aucune institution, aucun gouvernement, aucune personnalité ni aucune autorité ne saurait être placée au-dessus de la loi.

Monsieur le Président,


Malgré les innombrables preuves des manquements et failles du gouvernement, ce dernier a décidé de maintenir la mesure assortie des mesures dites d’allègement. Comment pourrait-on imaginer que « soulager » la condamnation d’un innocent, pour un crime non commis, saurait apporter un quelconque soulagement à une douleur qui n’aurait pas dû être.

Du reste, hormis l’installation des centres de capture au Palais du peuple, aucune des mesures annoncées du haut de la tribune de l’Assemblée nationale n’a vu un semblant d’exécution jusqu’à ce jour. Les requérants continuent à payer 195$ à la caisse. Les agents commis à la perception attestent n’avoir reçu aucune instruction quelconque.

En décidant de maintenir cette mesure, le gouvernement rompt le contrat qui nous lie à lui. Une rupture abusive et injustifiée. Ce faisant, le gouvernement choisit d’œuvrer dans l’arbitraire en piétinant le droit acquis des millions de citoyens.

C’est ainsi que nous, des citoyens lésés par cette mesure, décidons de vous adresser ce courrier en tant que garant du respect de nos droits les plus légitimes afin que cette mesure injuste soit retirée et annulée nous laissant jouir paisiblement, jusqu’à leur expiration de nos passeports.

Monsieur le Président,

Nous vous adressons ce courrier parce que nous décidons et choisissons de croire que vous ne sauriez-vous dérober à votre serment et à votre obligation du respect de la constitution en veillant à ce que les droits de chaque citoyen congolais soient respectés. Ainsi donc veiller à l’annulation pure et simple de cette mesure.

Nous, citoyens lésés, choisissons de ne point nous dérober à notre devoir citoyen, celui de défendre nos droits. C’est ainsi que nous nous tiendrons encore le mercredi 25 octobre 2017 en sit-in devant les Affaires étrangères pour demander au ministre de retirer cette mesure. Nous refusons de nous taire face à ce qui est aujourd’hui une injustice institutionnalisée.

Nous osons croire et espérer que vous ne resterez point insensible aux doléances des millions de Congolais touchés par cette mesure injuste et inhumaine.

Salutations patriotiques 

Le Collectif des citoyens lésés

info@descitoyensleses.com

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